Portrait de Gara la Garce avant Dallas

Du 04 au 07/12/14 se déroule la 2ème coupe du monde de roller derby féminine à Dallas, Texas, Etats-Unis. 

Rencontre avec notre Death Pouffes faisant partie du voyage, Gara la Garce.

C’est quoi ton parcours sportif ?

Gara la Garce Photographe : Anne Wild

Gara la Garce
Photographe : Anne Wild

J’ai fait du judo au niveau national jusqu’à 17 ans et de l’équitation, plus comme ça. Niveau sport d’équipe tu repasseras. Je suis tellement une stressée de la vie avec la compétition, que le premier match qu’on a fait avec Rennes (c’était contre Nantes), j’avais dit à mon coach : «  j’y vais pas, je peux pas y aller ». Il m’avait répondu : «  tu vas vraiment laisser tomber l’équipe ? ». Ok d’accord, j’ai rentré mon angoisse de côté et j’y suis allée. Et en plus on a gagné, ce qui n’arrive plus maintenant parce-que Nantes, c’est une super équipe.

Tu patines depuis quand ?

J’ai jamais fait de roller avant de faire du roller derby. J’ai commencé le roller derby début 2011. J’ai eu une paire de in-line quand j’avais 14 ans, je m’en suis servie en tout et pour tout 3-4 fois. Le genre de truc que tu commandes à Noël, puis tu t’en lasses en 2 secondes. J’ai jamais fait de roller avant, mais j’pense qu’y’a des sports qui t’aident. Judo niveau équilibre, centre de gravité. Hooligan (la numéro 93 des Paris Roller Girls) qui est en équipe de France, est pour moi la joueuse la plus polyvalente de France. Elle a fait vachement de judo, ça se sent à sa manière de se tenir, elle prend des chocs, elle bouge pas. Y’a l’appréhension du sol aussi, que ce soit en judo ou en équitation tu te prends des boites, donc tu veux forcément aller plus loin. En plus là t’es vachement protégé, ce qui n’est pas le cas dans les autres sports. Tu vas te mettre en danger, ça te dérange pas donc tu vas progresser plus vite.
Le fait que j’ai pu progresser aussi vite est vraiment dû au judo et à l’équitation. T’as une position au judo; au roller derby à peu de chose près c’est pratiquement la position de garde quand tu commences un combat.

Comment es-tu arrivée à ce sport ?

J’suis arrivée au roller derby en soirée bourrée. J’étais à un concert de punk à Rennes, et une nana qui était la pote d’une pote d’une pote m’a proposé de venir faire du roller parce qu’elle était entrain de monter son asso, et j’ai dit oui, je viens faire du roller pas de soucis.
J’ai trouvé ça cool, les filles étaient cool, y’avait pas de question à se poser. A la base j’ai pas fait ce sport pour le sport. Les vidéos qu’on avait sur internet, on savait même pas ce qu’était vraiment le roller derby. On était là entre copines, c’était cool yahou. Puis après ça m’a intéressé un peu plus, c’est arrivé à un moment de ma vie où j’avais besoin de m’investir dans quelque chose. Je me suis plongée dedans, j’ai rencontré des gens géniaux, ça a fait que tu continues, t’as envie de monter un truc, de participer.

T’es arrivée comment à la Team France ?

Mon objectif n’a jamais été la Team France ; les gens m’ont poussé en me disant : «  vas-y, t’as le niveau, essayes ». Je me suis retrouvée là-dedans, j’ai vu que j’avais le niveau, et je me suis dit : « bon beh voilà, j’vais m’y mettre, j’vais être sérieuse ». J’connais des nanas qui s’mettent des cessions de muscu, bravo à elles mais moi, j’peux pas, c’est pour ça j’te dis on en reparle dans 3 ans. Là j’fais Dallas, j’pense pas ré-empiler derrière parce que c’est un truc qui prend énormément de temps, d’énergie, de pression que je gère pas forcément bien. J’ai la chance de pouvoir le vivre une fois, j’pense que ça va bien se passer, on est une bonne équipe, on a une bonne entente, une bonne énergie. J’pense pas que je vais remettre ça, je gâcherai juste cette première expérience. Ce que ça me demandera au niveau investissement pour garder le niveau par rapport au plaisir que je vais en retirer, je veux pas que ça redevienne une contrainte, comme j’ai déjà vécu dans le judo. Du coup je veux juste vivre mon truc, et si je passe le niveau au-dessus tant mieux, et si j’y reste pas c’est pas très grave.

Ça t’as fait quoi quand t’as su que t’étais sélectionnée ?

Y’avait eu les 1ères sélections pour la 1ère coupe du monde en 2011 et mon coach Josh m’avait dit : «  faut que tu participes, c’est à Nantes ». Et moi j’étais en saison à Quiberon, une presqu’île où il faut une heure pour en sortir. Les sélections tombaient un jour où la veille je bossais jusqu’à 21h, c’était pas pratique. A la base j’avais dit que j’y allée parce qu’on entretenait un super rapport avec les nantaises et que c’était super cool. Même principe que le bootcamp, même si t’es pas la meilleure, tu t’en fous, tu testes, tu vois les gens, waouh c’est génial.
Et en fait je m’y suis pas pointée, ça a pas du tout était un regret, c’était juste pas ma priorité.
On en a pas trop reparlé. Puis c’est Jeanne (Miss Gadin), qui était sur tous les événements mais qui n’avait pas le droit de jouer car mineure, qui m’a remis l’idée en tête (elle a fini d’ailleurs par monter sa ligue à Paris qui s’appelle les Gueuses de Pigalle où les mineures pouvaient jouer ; maintenant elle est chez les PRG). Un jour à la sortie d’un match elle m’a dit : «  toi je veux te voir en équipe de France ». Du coup quand on te pique l’idée, tu te dis ben why not, ça peut être drôle. J’pense que je me rendais pas du tout compte du truc. Du coup j’en ai parlé à mes proches, qui m’ont dit que je pouvais le faire. Sur la dernière année, intérieurement j’ai eu énormément de questionnements : «  est-ce que je le fais ou pas ? est-ce que je suis prête à le subir mentalement ? », parce que c’est plus ça mon gros point noir. Amélie (Nasty Nurse des Roller Derby Rennes) m’a dit « si t’y vas j’y vais, et si t’y vas pas j’y vais pas », alors on y est allé avec Velvet (aussi des Roller Derby Rennes), on est parti aux sélections à Clermont Ferrand.
On s’est pointé et c’était une super journée. En en sortant, j’étais là « encore, j’en veux encore ». Toutes les filles qui étaient là, c’était trop cool, on s’est super bien marré. J’avais pas du tout cette impression qu’on était entrain de passer des sélections. On était toutes en compétition avec nous mêmes plus qu’avec les autres, et c’était extrêmement agréable
On a eu les résultats un mois après (le 03/08/13), et voilà tu fais partie des 40. C’est Pierre qui m’a appelé, et j crois que j’ai chialé au téléphone. J’étais là waouh, ok, va falloir assumer maintenant.
J’ai encore un peu du mal le coup de on part qu’à 20 même si c’est la faute de personne, c’est les règles du derby qui veulent ça. Mais j’ai encore du mal à gérer ça et à me dire qu’on laisse des coéquipières sur le côté.

Tu seras jammeuse ou bloqueuse ?

Je serai bloqueuse avec le pivot, c’est à dire bloqueuse avec la possibilité de jammer en passage d’étoile ou la possibilité de m’aligner en jam si c’est l’hécatombe et si y’a des jammeuses entrain de mourir. Je suis à l’aise dans mon pack, j’suis bien avec mes 3 copines. J’peux faire des conneries, elles peuvent les rattraper. J’parle de ça car à la base, Pierre m’avait recruté pour être jammeuse. J’ai fait mon premier stage qu’en bossant le rôle de jammeuse. Et en fait, arrivée sur le scrimmage Team France versus reste de la France qu’on a fait en pseudo démo en décembre 2013, je me suis complètement fait bouffer par la pression, et le mental chez une jammeuse, c’est très important. Y’a tout le monde qui te regarde, les gens crient soit le nom de l’autre soit le tien. C’est un truc qui de temps en temps peut m’aller ou à niveau normal, mais pas à niveau international. Là où ça marche, c’est quand j’ai pas le temps de réfléchir. On me fait un passage d’étoile, mon boulot c’est de passer donc je prends le pivot, faut que je sauve mon équipe, je suis dedans. Alors que quand t’as ce putain de départ avec les 4 bloqueuses adverses, et t’es derrière, tout le monde crie, il dit five seconds… pression.

Tu abordes cette coupe du monde dans quel état d’esprit ?

J’suis une putain d’angoissée. Là maintenant je suis à Montpellier, mais je sais qu’à partir du moment où je vais arriver à l’hôtel et que je vais voir toutes mes copines et coéquipières, ça va redescendre. Ça va être comme en stage et ça va être on s’marre. On est là pour la compèt certes, on se concentre certes, mais on est un collectif et on se soutient vraiment mentalement. C’est vrai qu’à chaque fois que j’ai eu des baisses de moral, y’avait une fille qui était là pour moi. Puis elles me connaissent là-dessus, au bout d’un an et demi, elles savent comment je peux être chiante.

Comment tu perçois l’état d’esprit du groupe ?

On est dans un bon état d’esprit. On a un groupe fermé Facebook, et j’peux te dire que ça va. On est dans un état d’esprit où on se fait plaisir, Pierre nous mets moins de pression qu’au début.
P’t’être que lui aussi a fait son expérience en tant que coach Team France ?
Je pense qu’il a fait son expérience effectivement, et qu’il a pris du recul par rapport au début de l’aventure. Même si ça stresse, même si j’arrive toujours pas à faire ma valise et à conceptualiser que dans 3 jours j’suis dans l’avion, je suis super contente de retrouver mes potes. Le seul truc qui m’angoisse, c’est de me dire que c’est la dernière étape, la fin de l’aventure, et y’aura plus ça. L’année prochaine, y’aura d’autres sélections. On sait pas encore qui va reprendre le staff. Cette aventure s’est extrêmement bien passée. Je suis pas sure d’y participer mais ce sera jamais pareil : ce sera pas la même ambiance, ce sera pas les mêmes filles qui vont être sélectionnées. Ce sera ni mieux ni moins bien, c’est juste que ce sera différent et l’aventure que j’ai vécu elle est juste… (p’tits yeux qui brillent).
Le dernier match qu’on va jouer, qu’on le gagne ou qu’on le perde, on va toutes être en pleur, parce qu’on va se dire « est-ce qu’un jour on se reverra, les 40 ? » C’est un truc que j’aimerais bien organiser, de se caler un weed-end après world cup.

Vous avez un cri de guerre pour vous motiver ?

Mon dieu oui. Pierre est arrivé le jour des sélections avec un cri : win the day. C’est un cri qui vient du football américain, car Pierre vient du football américain, je crois que ça vient d’un club de banlieue parisienne. Sauf que win the day, ton truc en anglais, toutes les meufs étaient là : « ouais doucement, arrêtes de t’enflammer ». Au premier stage, on a eu un cours sur la nutrition nous disant que l’aliment le meilleur du monde quand tu fais du sport, c’est la banane. Et du coup on a tapé un bon trip sur ça, et la banane est devenue notre emblème interne. Le cri est devenu win ta banane, un truc complètement ridicule, mais ça va magnifiquement à la Team France. Parce que si tu prends du recul, t’as le win the day, la performance, et la banane, car sur les 40 nanas, y’en a pas une qui est saine d’esprit. Win ta banane !

Au niveau financier, comment ça s’est passé ? Les 9290€ récoltés via kisskissbankbank paient tout ?

Non ça couvre pas tout. On est 25 à partir, t’as les billets d’avion (moi l’aller-retour je l’ai payé 800€), l’hôtel là-bas, même si on a eu un partenariat, c’est un 4 étoiles. On arrive toutes le dimanche soir et on repart le lundi. Ça permet de nous aider, de nous dédommager, mais pas que pour les filles qui partent à Dallas. Y’ aussi tout l’argent récolté par le merch, par les entrées d’événements qu’on a fait, etc. On a un système de points où plus t’es présent, plus t’es venu en aide, plus tu récoltes des points et donc tant de pourcentages. Ils ont bien fait le truc. Par contre on est obligé d’avancée l’avion. Dans les 20 sélectionnés, l’aspect financier n’a pas été évoqué une fois. On s’est toutes débrouillé, économisé, demandé aux familles, aux clubs.
Donc vous aurez pas un pourcentage sur les 45 dollars du streaming lol?
Non je ne pense pas, on a même du payer des frais d’inscription à la world cup.

Est-ce qu’y’a des joueuses d’autres pays que tu espères rencontrer ?

Y’en a 2 que je trouve assez impressionnante. Après j’ai un regard hyper critique, et j’suis vraiment pas en mode : waouh, elle est parfaite. Sachant que je sais pertinemment que moi aussi je suis pas parfaite et que j’ai un niveau en-dessous, mais bon.
J’apprécie énormément voir jouer Shaolynn, c’est une anglaise qui joue au London Rollergirls, qui est pour moi une bloqueuse de folie.
Et sinon y’a Violet Knockout des Gothams, qui fait des assist de malade à chaque fois.

La 1ère coupe du monde était au Canada, là c’est aux Etats-Unis, tu crois que l’Europe a une chance d’accueillir la prochaine ?

Ca me semblerait extrêmement logique qu’on décide de la faire autrement, autre part. Là sur les 30 équipes, y’a 10 équipes qui vont payer pas grand chose de billets d’avion et pas s’taper un max de décalage horaire. J’aimerais bien mais j’t’ avoue que j’y crois pas des masses.

Tu crois que le roller derby va évoluer comment ?

Le truc c’est que maintenant t’as vachement plus d’apports. Moi quand j’ai commencé, y’avait les vidéos Youtube, les filles tenaient pas debout. Maintenant dans chaque ligue, t’as des filles qui ont déjà fait du roller derby, qui connaissent les trucs les plus importants à bosser en premier. Donc entre la marge de progression d ‘une fresh meat en 2011, et la marge de progression d’une fresh meat qui arrive en 2014, le temps est vachement réduit.
Vu que ça se démocratise, c’est plus facile d’accès.
La FFRS arrive, c’est super bien pour le roller derby parce-que ça va être reconnu en tant que sport. Pour l’instant, je pense que dans les 2-3 prochaines années à venir, ça va pas changer des masses. Maintenant j’pense que dans 10 ans, le roller derby sera un sport parmi tant d’autres.
C’est dommage, et en même temps c’est très bien. On n’est pas là pour nous dire que ça nous appartient. C’est comme quand t’as un gamin, tu vas pas faire en sorte de le garder toujours sous ton aile jusqu’à ses 40 ans, un moment il faut qu’il vive tout seul. Et si dans 20 ans on se retrouve à zapper à la télé et à regarder l’équipe de France de roller derby qui est entrain de rouler, putain j’me dirai, j’ai participé à ça et j’suis super fière parce-que ce sport, il en vaut le coup.

Quelque chose à ajouter pour conclure ?

Le truc c’est vous prenez pas la tête. Le roller derby sans cohésion d’équipe et sans plaisir, ça existe pas. J’ai du mal à prendre ça juste en objectif de performance, faut que ça déclenche un truc en soi.
Et merci à tous ceux qui nous ont soutenu, que ce soit la Team France, ou personnellement. Merci à tous ceux qui ont permis que ce soit possible cette putain d’aventure, parce que vraiment, je crois que c’est un truc que je revivrai jamais. Merci à tous ceux qui m’ont supporté dans mes putain de crises d’angoisse, parce que bon dieu qu’est-ce que je suis chiante. Cheche ça c’est pour toi.
Et merci de continuer à faire que le roller derby continue comme ça.
Merci à toute la communauté.

Claudie

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